
Du sémaphore au premier câble sous-marin. Au commencement des télécommunications, était le sémaphore. Avec cet outil, la France devient le premier pays au monde à se doter d’un réseau de communications à distance.
Étymologiquement, le sémaphore signifie “porteur de signal”. Son invention nous ramène au XVIIIᵉ siècle. À cette période, il faut trois ou quatre jours pour faire parvenir un message, à cheval, de Paris à Strasbourg et jusqu’à une semaine pour un message de Paris à Toulon.
L’audacieux Claude Chappe, inventeur du sémaphore
Claude Chappe et ses frères mettent au point, pour la France, un système de communications révolutionnaire. Au lieu de transporter une lettre papier, ils conçoivent de faire passer les informations par des signaux visibles de loin et répercutés de station en station.
Il s’agit d’élaborer un grand pantin de bois, dont chaque posture du pantin représente un signal, une lettre. L’ensemble des différentes postures forment une danse, constituant ainsi un message tout entier. À l’aide d’une longue-vue, l’opérateur d’une station peut observer la danse de la station précédente jusqu’à 15 km de distance et la reproduire avec son propre pantin pour la relayer à la station suivante.
Ce sémaphore s’appellera aussi télégraphe. Il devient un outil crucial en temps de guerre et pour le monde des affaires, dans lequel obtenir la primeur d’une information peut déjà avoir une incidence sur le cours de la bourse et donc des finances.
La possibilité d’une onde électromagnétique
Le message télégraphique voyage très vite, mais les stations sont fixes. Cette danse qui se reproduit s’appelle “une onde” : un signal qui se propage dans un milieu physique donné. Jean D’Alembert en écrit la première équation mathématique, en 1746, pour une corde de violon vibrante. À partir de là, on découvrira des ondes partout. D’ailleurs, quand vous parlez, c’est une onde sonore que vous émettez dans un fluide comme l’air (ou l’eau !).
Les savants français Laplace et Ampère souhaitent fabriquer un télégraphe bien plus efficace. Le message ne sera plus transmis par la danse d’un grand pantin de bois actionné par un humain, mais par la danse d’une petite aiguille actionnée par un signal électrique (le phénomène d’induction électromagnétique).
En 1830, la science est prête. Schilling en Allemagne, puis Gauss et Weber construisent les premiers télégraphes électromagnétiques.
À lire aussi : Pierre-Simon de Laplace, le Newton français !
Une course à l’innovation
L’un des objectifs des principaux ingénieurs de l’époque : obtenir plus d’efficacité et de rentabilité dans la transmission des messages. L’un de ces savants légendaires n’est autre que Samuel Morse, peintre à l’origine. Mais une rencontre sur un bateau va changer son destin.
À l’époque, la traversée de l’Atlantique dure trois semaines, il a tout le temps pour converser avec un autre passager, le scientifique Charles Jackson, qui lui parle d’Ampère et du rêve de télégraphe électromagnétique. Morse conçoit son modèle de télégraphe avec le scientifique Leonard Gale et l’artisan Alfred Vail. L’engin est plus simple et robuste que la concurrence. Le fameux code Morse voit le jour et va permettre de réduire la durée de transmission des messages : les codes courts sont réservés aux lettres les plus fréquentes, une idée révolutionnaire qui préfigure les systèmes de compression modernes !
À lire aussi : Aux premiers jours de la radio en France…
Relier l’ancien et le nouveau monde
L’ambition est alors aussi de relier les continents.
Cyrus Field, brillant ingénieur et entrepreneur, se lance dans l’aventure d’un câble sous-marin qui pourrait traverser l’Atlantique. L’aventure va pouvoir bénéficier de la découverte d’un nouvel isolant, le gutta-percha, un latex qui semble pouvoir protéger le câble de l’eau.
Parmi les experts de cette conquête transatlantique : William Thomson, le héros du câble transatlantique. Comment faire pour éviter les ruptures de câble au beau milieu de l’océan ? Après plusieurs tentatives, un premier câble est posé en 1858, mais il reste fragile et se rompt au bout de trois semaines. C’est en 1866 qu’un nouveau câble s’avère plus prometteur et permet de parler de triomphe. Dès 1871, tout l’hémisphère nord est relié : de San Francisco à New York, à Londres, à Saint-Pétersbourg, à Vladivostok, à Nagasaki.
cet article est issu de : https://www.radiofrance.fr/franceculture/podcasts/les-contes-des-mille-et-une-sciences/la-danse-telegraphique-2903096?at_medium=newsletter&at_campaign=culture_quoti_edito&at_chaine=france_culture&at_date=2024-02-09&at_position=2